Elle poursuivit:
—Je sais ce que vous valez, M. de Rœux. Outre ce que M. Lucien Thibaut me disait autrefois, j'avais souvent, bien souvent entendu parler de vous par un autre ami qui nous fut commun, à vous et à moi: le brave, le bon, le cher Albert de Rochecotte.
Il me déplut de l'entendre prononcer ce nom. Je restai muet. Le sentiment qui était en moi se lisait sans doute sur mon visage, car elle devint plus pâle. Auprès d'elle, sur la table, il y avait une lettre que je n'avais point remarquée. Elle la prit et me dit:
—Je l'ai cherchée et retrouvée pour vous. Elle fut écrite bien peu de jours avant la mort d'Albert. Vous savez qu'il avait demandé ma main. Dans cette lettre, il m'annonçait son mariage prochain. Lisez seulement le dernier paragraphe. Je pris le papier qu'elle me tendait, et je lus à l'endroit qu'elle me désignait.
«.... Vous savez de quel cœur je radotais ce cri de guerre: On n'épouse pas Fanchette! Cela reste vrai, au fond, je ne l'épouserai pas, puisque j'en épouse une autre; mais il n'en est pas moins vrai que ma position devient gênante.
Est-ce un coup monté par la cousine Péry, j'entends la mère? ou même par ce vieux farceur de baron de Marannes? Je parie bien que vous ne devinerez pas? Il faudra vous mettre les points sur les i....
Fanchette elle-même ne sait pas que je sais cela. Mais je le sais, morbleu! et cela me met aux cents coups.
Aidez-moi donc, huitième merveille, vous devez bien aussi être un peu devineresse! Eh bien, Fanchette n'est pas Fanchette. Quoi! voilà le mot lâché!
Qui est-elle, alors? Voilà que vous devinez.
Mon Dieu, oui, c'est elle! ils ont joué ce jeu. C'était assez facile, je n'avais jamais vu ma cousine Jeanne.