Mon espoir est sans cesse trompé. Tout se groupe contre moi. Est-ce le hasard? Est-ce la perfection même de ce travail diabolique que je suppose accompli par un scélérat parvenu au summum de la science criminelle?
J'ai été chez Nadar. J'ai acquis la certitude que les épreuves photographiques ont été livrées le jour même du crime. Il est donc naturel que Fanchette les eût sur elle au restaurant.
Qu'espérais-je en prenant ce renseignement? En vérité, je ne saurais le dire.
J'ai demandé au commis à qui il avait livré les épreuves. Il m'a répondu: à la personne elle-même.
Dès que l'esprit trouve une voie par où s'échapper dans un champ d'hypothèses nouvelles, un obstacle sort de terre: un rempart d'acier: le témoignage de Jeanne elle-même.
Car il est certain qu'une idée s'obstine en moi, depuis qu'elle y est née. Je cherche Fanchette.—Peut-être sont-elles deux....
Mais alors tous ces témoins qui ont reconnu la photographie! car tous l'ont reconnue. Tous et moi-même!
Et Jeanne déclare qu'elle a posé!
Il y a pourtant une circonstance. Dans la lettre où Jeanne me racontait sa sortie du couvent de la Sainte-Espérance, tu dois te souvenir de ce détail: on lui avait fait changer d'habits....
Elle ne m'aide pas. Je ne peux pas dire qu'elle ne se doute de rien, puisqu'elle sait tout. Elle sait absolument ce dont on l'accuse et ce qui la menace. Mais elle ne tient état de rien. On dirait qu'elle fait un mauvais rêve,—et qu'elle n'y croit pas. Tout doit disparaître au réveil.