C'est avec une résignation fatiguée qu'elle répond à mes inutiles interrogatoires. Dès qu'elle le peut, elle se réfugie dans les souvenirs de sa mère et dans la mémoire de nos jeunes amours. Elle me l'a dit une fois: «Qu'est-ce que cela fait puisque ce n'est pas moi?» C'est bien le mot de l'enfant qui laisse à Dieu le soin de garder son sommeil. Qu'est-ce que cela fait?

On pourrait amonceler bien plus de calomnies encore et serrer le réseau des ruses savamment nouées, certes, l'œil de Dieu passe au travers de tout cela. Mais nous sommes devant des juges qui sont hommes.

Geoffroy, j'ai peur. La gaieté de Jeanne et son insouciance me font mal horriblement. Tout éveillé, j'ai des rêves qui me la montrent condamnée. Je repousse cependant l'idée d'une évasion. C'était aujourd'hui qu'on m'avait donné rendez-vous à l'église Notre-Dame-des-Victoires. Je n'irai pas.

Pièce numéro 97 bis

(Écrit par Lucien.)

Chaque fois que j'interroge Jeanne, je perds un espoir. Ne l'ayant jamais vue qu'au Bois-Biot, pour moi, elle et sa mère étaient des habitantes de la campagne d'Yvetot.—ce qui rendait matériellement impossibles les relations suivies entre elle et Rochecotte.

Cela n'influait en rien sur ma conviction qui existe indépendamment de tout, mais cela me fournissait des armes.

De loin, je voyais une foule d'obstacles matériels entre elle et le crime.

De près, je ne vous plus rien. Elle n'est plus gardée que par ma foi profonde.

En réalité, c'étaient deux pauvres créatures errantes. Elles venaient d'arriver au Bois-Biot quand je les y rencontrai. Elles étaient là pour le procès que je leur fis perdre. Elles vivaient d'ordinaire à Paris où la misère se cache aisément.