Depuis son retour au logis, il s'amusait assez bien avec des mauvais sujets venus de Dieppe: cela ne l'empêchait pas de travailler beaucoup. Il était savant. Je l'ai vu passer des nuits entières sur des livres de philosophie ou de mathématiques. Il lisait cinq ou six langues aussi couramment que le français. La bonne femme qui l'adorait, le grondait souvent au sujet de ses veilles. Il répondait:

—Les gens qui dirigent les fouilles dans les mines sont obligés d'aller à l'École polytechnique; moi, je fouille quelque chose de bien plus profond et de bien plus riche qu'une mine. Pour installer ma mécanique, il faut tout savoir. Je saurai tout!

Sa chambre était encombrée de livres, il y en avait un grand nombre dont je ne peux pas dire les titres parce qu'ils étaient en langues étrangères, mais je me souviens d'un tas de bouquins sur la police, de la collection complète des causes célèbres—j'y fourrais bien, moi aussi, le nez quelquefois,—de traités allemands et anglais sur l'Induction, la Déduction, le Calcul des probables et l'Échelle des présomptions.

Il avait usé à force de le lire un ouvrage écrit en anglais, par un auteur dont j'ai vu le nom, longtemps après affiché aux devantures des libraires parisiens: Edgar Poe.

C'était pour faire le Mal qu'il étudiait ainsi, mais il n'y a pas beaucoup d'hommes qui se donnent autant de peine pour faire le Bien.

J'ai vu depuis des jeunes savants qui travaillaient pour passer leurs examens. Ce n'était rien auprès du fils Jacques. Aussi quand il était de bonne humeur, il disait:

—Je passe mes examens vis-à-vis de moi-même. Rien ne me résistera. Quand il en sera temps, je ferai dire au diable qu'il peut venir, et il me recevra docteur.

M. Louaisot l'ancien mourut tout seul et sans secours un soir que j'étais en course. Sa bonne femme, qui avait bu trop de cidre, s'était endormie auprès du feu de la cuisine.

On trouva le vieux à moitié hors de son lit. Il avait crié, puis il avait essayé de se lever. C'est la fin ordinaire des rois dégommés.

L'enterrement fut superbe: la vieille mit sa robe de soie pour la première fois pour recevoir les visites du deuil.