Le fils Jacques se fit nommer titulaire sans difficulté. Il devint Me Louaisot. Dans le pays, on vit bien tout de suite qu'il irait plus vite que son père.
Au bout de dix mois la bonne femme fut installée à la moderne et tint maison. Ça ne lui allait pas beaucoup dans les commencements, mais peu à peu elle s'habitua à boire du bordeaux au lieu de cidre.
—On se fait à tout, disait-elle.
Nous verrons bien plus tard pourquoi le nouveau Louaisot régnant donnait toutes ces belles façons à sa reine-mère.
Le voisinage ne se fit pas du tout prier pour venir chez nous. En définitive, nous étions une vieille boutique. Les secrets de tout le pays dormaient dans nos cartons. On s'étonna bien un peu de voir M. Louaisot prendre tout à coup un train de gentilhomme, mais on pensait qu'il était bien assez riche pour cela. M. Barnod était mort, je ne saurais pas trop dire quand, car les gens comme lui vont et viennent sans qu'on s'en aperçoive. Je me souviens seulement que sa collection minéralogique fut vendue à l'encan parce qu'elle encombrait trois chambres. Il avait employé sa vie à la former. On en eut 25 fr. 50 c.
Mme Barnod fut tutrice d'Olympe, selon le droit. On nomma pour subrogé tuteur M. le juge Ferrand.
Olympe était une petite demoiselle. Il n'y a jamais eu rien au monde de si joli qu'elle en ce temps-là. Bien entendu. Louaisot ne pouvait plus jouer au professeur avec elle, mais il avait gagné entièrement la confiance de Mme Barnod, qui le consultait en tout. Il avait pris un air grave et tout à fait notaire. Ses ennemis eux-mêmes disaient qu'il aurait pu épouser n'importe qui dans le pays.
Mais souvenons-nous de la mécanique expliquée au vieux pendant que je faisais semblant de dormir dans ma soupente.
Pour la mécanique, Louaisot ne pouvait épouser qu'Olympe.
Non pas Olympe Barnod, mais Olympe, veuve de M. le marquis de Chambray.