Son regard, qui passait à travers les boucles ruisselantes de ses cheveux, avait une douceur infinie. Elle se laissa palper le derrière de la tête. M. Louaisot me montra, vers la nuque, la bosse qui était cause de son amour passionné pour les enfants, et derrière les oreilles, deux autres bosses qui la prédisposaient fatalement à tuer.

Elle se mit à bercer et à chanter pendant cela:

Le petit enfant
Aimait sa demeure,
Dans le ciel il pleure.—
L'écho lentement
A murmuré l'heure....

Tuer! Cette pauvre créature! Sa voix me remuait le cœur.

Une gardienne nous dit:

—Elle est bien tranquille aujourd'hui, mais hier elle a sauté de cette branche que vous voyez là-haut dans le grand marronnier. Heureusement qu'elle a manqué son élan et qu'elle est retombée de ce côté-ci du mur, car elle aurait porté l'argent des voisins au cimetière!

—Est-elle méchante? demanda Louaisot.

—Des fois, mais pas souvent. Elle dit qu'on voulait faire danser son petit sur la corde quand il était encore trop jeune. Plus on les fait danser petits, plus ça attire la foule. Alors, il tomba et se cassa. Elle cherche toujours l'homme qui fit ce coup-là et si elle le trouve jamais, gare à lui! Vous ne savez pas comme elle est forte!

La Couronne berçait le vide et chantait:

Le petit enfant
À la tête ronde,
Souriante et blonde.—
L'eau coule en chantant
Sa chanson profonde....