Cette chose-là une fois écrite ne sonne plus. Il aurait fallu entendre la Couronne elle-même.
—Il n'y a pas bien longtemps, reprit la gardienne, il vint un visiteur qui déplut à une de nos vieilles, je ne sais pas pourquoi. Elles ont de la malice comme des démons. La vieille alla trouver la Couronne qui était à bêcher son petit cimetière là-bas au bout du bosquet et lui montra le visiteur en disant:
—Le voilà! celui qui a tué l'enfant!
La Couronne ne fit qu'une demi-douzaine de bonds pour traverser tout cet espace que vous voyez. Elle tomba sur le malheureux monsieur comme une tigresse. Ah! Ah! vous ne l'auriez pas reconnue! Le diable était dans ses yeux! Ses cheveux se hérissaient. On entendait ce qui râle dans la gorge des bêtes féroces. Le pauvre monsieur ne mourut pas sur le coup, mais les médecins disent qu'il n'en relèvera pas....
Le patron cligna de l'œil en me regardant. Simple histoire d'avoir raison en phrénologie.
—Elle a donc un petit cimetière à elle? demanda-t-il.
—Si vous voulez lui payer quelques fleurs, vous allez bien voir.
La gardienne vendait des fleurs, à cause de la folle, comme elle aurait vendu des petits pains si elle eût gardé, de l'autre côté du boulevard, les ours du jardin des Plantes. Le patron acheta un bouquet qu'il jeta sur les genoux de Laura.
Celle-ci ne leva même pas les yeux. Elle se mit tout de suite, avec une activité incroyable, à fabriquer une couronne qui fut achevée en un clin d'œil. En travaillant, elle égrenait les couplets de sa chanson.
Dès que la couronne fut achevée, elle se leva, et sans nous accorder la moindre attention, elle se dirigea, de son pas indolent et gracieux, vers l'une des extrémités du bosquet. La gardienne nous dit: