Je ne sais pas si mon admiration pour ce roi des coquins me rend partial, mais je suis bien forcé d'avouer qu'ici encore sa combinaison me paraît mériter les plus grands éloges.
Rien que le choix de l'outil trahit la main d'un maître.
Voici un scélérat campagnard qu'on a été pêcher dans son cabaret d'habitude, là-bas, au fond du pays de Caux pour lui dire:
«L'homme que tu cherches et qui vaut pour toi une demi-douzaine de millions est à Paris.»
Ce n'est pas mal, mais cela rentre dans les moyens vulgaires.
Le rustre part. À Paris, il cherche et ne trouve pas. On le prend par la main et on le conduit au seuil de la cachette.
Ça devient plus original. Il y a en effet, là, une difficulté.
Pour tendre une embuscade à l'ennemi, il faut des soldats. Et l'ennemi, quand il s'appelle Joseph Huroux, ancien mendiant à besace du pays cauchois, a un flair capable de dépister le gendarme à trois lieues à la ronde.
D'ailleurs, dans notre cas spécial le gendarme n'est bon que pour arrêter, empêcher, il ne tranche pas la question de survivance, qui est la principale.
Tout est donc dans le choix du soldat qui va garder ce vieil homme, inhabile à se garder lui-même.