Celui-ci l'aperçut en même temps que moi. Il était debout au seuil de sa porte et tenait la barre à la main. Je suppose qu'il reconnut son mortel ennemi, car il jeta la barre dont il n'avait plus le temps de se servir et, faisant le tour de sa cabane, il s'enfuit vers ma hutte. On entendait le râle de terreur qui s'échappait de sa gorge. Pourtant, il n'avait pas perdu son sang-froid, car en courant, il criait:

—Laura, ma fille! c'est lui! au secours!

C'était encore un rude gaillard que ce Joseph Huroux.

Il avait dépouillé sa peau de bique pour mieux aller et il faisait des enjambées de loup.

Moi, j'avais laissé retomber ma planche. Mon taudis avait bien assez de trous sans cela.

La Couronne venait, mais elle ne se pressait pas. Le vieux n'avait pas encore prononcé le mot sacramentel.

Et il faillit bien ne pas le prononcer, car Joseph Huroux gagnait terriblement.

Au risque de radoter, je répète qu'on était ici aussi loin de tout secours, quoique dans Paris, et aussi à l'aise pour commettre un meurtre que si une forêt vierge vous eût entouré à dix lieues à la ronde. Huroux atteignit Jean au moment où celui-ci passait devant ma hutte. Jean venait de butter et de tomber.

Ce fut ce qui le sauva, car en tombant et probablement sans le savoir, il prononça le mot-talisman.

—Viens! s'écria-t-il avec détresse, voilà l'homme! celui qui a tué le petit enfant!