Quelque chose de plus rapide qu'un cerf au plus fort de sa course passa devant ma hutte. À travers les planches, je sentis le vent de ce projectile humain. C'était la Couronne qui bondissait.

Jean Huroux, saisi à la gorge, poussa une clameur étranglée.

Il y eut une lutte courte, pendant laquelle je vis la folle s'enlacer comme un serpent autour de ce gros corps aux formes athlétiques. Puis la folle se mit à gambader de ci de là, tandis que Joseph Huroux gisait la face contre terre. L'outil était bon.

Le vieux Jean se releva péniblement. Quand il fut debout, il redressa ses reins que toujours j'avais vus courbés, et d'une voix que je n'avais jamais entendue, il dit:

Je suis le dernier vivant!

J'attendais le patron.

Le patron vint avec sa charge de fleurs que la Couronne emporta en triomphe.

Celle-là n'était pas embarrassée pour entrer au cimetière après la fermeture des grilles. La hauteur des murailles ne l'inquiétait point.

M. Louaisot voulut prendre avec le vieux Jean son ton ordinaire, mais celui-ci ne le permit point.

—Mon brave M. Louaisot, lui dit-il, gardons nos distances, s'il vous plaît. Je ne refuse pas de vous prendre pour mon homme d'affaires: vous savez votre métier, vous ferez les diligences voulues pour que les fonds de la tontine me soient immédiatement délivrés. En attendant, quoique je sois bien innocent du meurtre de cette bête brute, on pourrait m'en accuser, à cause du grand intérêt que j'y avais. Si vous voulez traîner le cadavre jusqu'au bout de la ruelle qui va place Laborde, il y a là un cabaret mal famé dont le voisinage expliquera au besoin la fin violente de Joseph Huroux. Attendez, si vous voulez, que la nuit soit plus noire. Ici, nous n'avons pas à craindre la curiosité des passants, et mon voisin, mon seul voisin—il parlait de moi,—ne rentre guère que vers dix heures. S'il s'était trouvé là, malheureusement, nous aurions été obligés de nous occuper de lui.