Je crois que je serais mort s'il m'avait fallu rester en place.

J'appelai Guzman et je lui ordonnai de garder la maison en mon absence, sans s'éloigner d'un pas, même pour faire ses trente points. Il me le promit.

Je lui donnai l'ordre aussi de faire attendre M. Lucien Thibaut, si celui-ci venait enfin, et de lui remettre la clé de mon secrétaire où le manuscrit de Martroy était cacheté sous bande, à son adresse.

Puis, je sortis, n'emportant rien des papiers à moi confiés, mais muni de toutes mes notes, prises au cours de ma lecture.

Je me fis conduire au domicile du nouvel avocat général près la cour impériale de Paris, M. Cressonneau aîné.

Il était chez lui et voulut bien mettre un gracieux empressement à me faire entrer, dès qu'on lui eut porté ma carte.

Je le trouvai dans un cabinet charmant, ah! charmant. Depuis que le pauvre Lucien lui avait fait visite, le luxe de M. Cressonneau aîné avait beaucoup augmenté,—surtout dans le sens artistique.

Ce n'étaient partout qu'objets rares, ou soi-disant tels, et tableaux qu'avec un peu de bonne volonté on pouvait attribuer à des maîtres.

Don Juan de troisième volée aurait respiré, non sans plaisir, l'air un peu trop chargé de glycérine qui embaumait ce gracieux séjour; il aurait lorgné avec sympathie les drôleries rococo et les galantines de duchesses qui ornaient le fumoir boudoir, ouvert à la suite du cabinet.

Moi, je ne vis à tout cela aucune espèce de mal. On ne peut pas toujours être jugé par d'austères perruques à la Molé ou à la d'Aguesseau. M. de Lamoignon est mort et bien mort.