Il y a bien longtemps que ma santé est profondément altérée. La souffrance morale a réagi sur moi physiquement. Je me sens fatigué. Je suis un vieillard.
Je venais de me mettre au lit, quoiqu'il ne fût pas plus de neuf heures du soir. Mon domestique m'annonça M. Lucien Thibaut. Je fis entrer tout de suite. J'ai beaucoup aimé Lucien, que je traitais autrefois en élève. Mon attachement pour lui avait encore un autre motif. Son malheur et sa maladie m'avaient causé une très sincère affliction.
Lucien entra et vint jusqu'à mon lit sans me saluer ni me demander des nouvelles de ma santé.
Il n'y avait rien en lui pourtant qui indiquât la volonté de me traiter avec violence.
Seulement, son regard était sombre et ses traits contractés.
—M. Ferrand, me dit-il presque à voix basse, vous êtes un honnête homme, je le sais maintenant, et je regrette de vous avoir calomnié dans ma pensée, mais vous allez, je vous prie, vous lèvera l'instant même et me suivre, car vous avez condamné une innocente, et il faut que la lumière se fasse en vous, je le veux.
Je fus blessé de ce dernier mot.
—M. Thibaut, répondis-je, vous voyez que je suis souffrant. Vous avez vos convictions, que je respecte, j'ai droit d'exiger que vous respectiez les miennes....
Il m'interrompit disant:
—Je n'ai pas le temps de discuter, levez-vous et partons.