C'était à la fois lointain et tout proche. La voix venait à nous nettement comme dans un tuyau acoustique.
Elle était faible pourtant, mais si altérée qu'elle fût, je reconnus parfaitement la basse taille de M. Louaisot. Elle disait:
—Voilà! J'ai mon compte. L'outil était trop bon! Il n'y a pas eu faute: qui diable aurait pu croire qu'une mère sacrifiât son enfant? J'ai bien joué mon jeu, mais j'ai perdu. Bonsoir, les voisins!—Mais je suis vengé déjà une fois, ma pupille, vous n'avez plus de fils!—et je serai vengé deux fois, voici l'autre Lucien qui arrive: regardez là-bas!
Ces derniers mots nous parvinrent comme un chuchotement qu'on eût murmuré à notre oreille.
—Là-bas, c'est ici, me dit Lucien. Ils nous voient.
—Pas lui, répondis-je, car il est mort.
Une voix de femme s'éleva dans le silence:
—Laura, disait-elle, je t'ai trompée ce n'est pas cet homme-là qui a tué le petit enfant.
M. Ferrand laissa tomber sa bougie et s'affaissa sur moi.
—Mon Dieu! dit-il, ayez pitié de moi! Éloignez de moi cet horrible rêve!