—C'est une blessure faite traîtreusement et par la main d'un misérable, dit Jude en fronçant le sourcil.

—Tu t'y connais, mon garçon. J'ai tout lieu de croire que le misérable est cet homme: mais si je ne suis pas noble, je suis soldat, et ma main ne s'abaissera point volontiers jusqu'à lui.

—Moi je suis un valet, dit Jude avec froideur; prononcez un mot et je le châtie.

—Voilà que tu oublies Georges Treml! s'écria Didier en souriant. Sur mon honneur! il y a de la fine fleur de chevalerie dans ces vieux coeurs bretons. Pensons à ton jeune monsieur, mon brave ami. Je ne sais pas ce que tu peux tenter pour son service, c'est ton secret, mais j'ai promis de t'aider et je t'aiderai. Descendons ensemble: M. de Vaunoy est un trop soumis et dévoué sujet de Sa Majesté pour que sa livrée ose regarder, de plus près qu'il ne convient, le serviteur d'un capitaine de la maréchaussée.

Jude mit son manteau sur sa figure et descendit avec le capitaine.

Alain et Lapierre étaient toujours dans la cour; ils s'inclinèrent avec respect devant Didier, qui toucha négligemment son feutre.

—Qu'on selle le cheval de mon serviteur, dit-il.

Lapierre se hâta d'obéir. Le majordome resta.

—Mon camarade, dit-il à Jude, votre maladie exige-t-elle donc que vous ayez toujours le nez dans le manteau? Les gens de La Tremlays n'ont point pu encore vous souhaiter la bienvenue.

—Que dit-on des Loups dans le pays, maître? demanda Didier pour éviter à Jude l'embarras de répondre.