En somme, il avait l'air du meilleur vivant qui fût au monde, et il était impossible de le voir une seule fois sans se dire: voilà un excellent petit homme!

La seconde fois, on ne disait rien du tout.

La troisième, on pensait à part soi que le petit homme pouvait bien n'être point si bon qu'il voulait paraître.

Chemin faisant, il inspecta le manoir de Bouëxis, qu'il trouva très à son gré, et les fermes, métairies et tenures, qui lui parurent bien en point, et les bois dont il admira cordialement la belle venue. Pendant cela, son sourire vainqueur ne le quittait point. On eût dit que le petit homme se voyait déjà dans l'avenir propriétaire et seigneur de toutes ces belles choses.

Mais ce qui le flatta le plus, ce fut le château de La Tremlays lui-même. À la vue de ce cher édifice qui ouvrait sur une immense avenue sa grande porte écussonnée, Hervé de Vaunoy arrêta son cheval de charrette et ne put retenir un cri d'allégresse.

—Saint-Dieu! murmura-t-il tout ému, notre maison de Vaunoy tiendrait avec ses étables, écuries et pigeonniers sous le portail de ce noble château. Il faudrait que M. Nicolas Treml, mon cousin, eût l'âme bien dure pour ne point me donner un gîte en quelque coin; et quand on a pied dans quelque coin, talent et bonne volonté, tout le reste y passe!

Il souleva le lourd marteau de la porte et mit de côté son sourire pour prendre un air humble et décemment réservé.

M. de La Tremlays était assis sous le manteau de la haute cheminée dans la salle à manger. À son côté, un grand et beau chien de race sommeillait indolemment. Dans un coin, le petit Georges, âgé de quatre ans alors, jouait sur les genoux de sa nourrice. On annonça Hervé de Vaunoy.

Le vieux seigneur se tourna lentement vers le nouveau venu et le chien, se dressant sur ses quatre pattes, poussa un sourd grognement.

—Paix, Loup, dit M. de La Tremlays.