—Toujours triste! se dit Vaunoy d'un ton où perçait un atome de sensibilité; pauvre fille! Mais, après tout, elle n'est pas raisonnable! Béchameil serait la perle des maris.

Il allait passer outre, lorsque, dans une autre allée dont la direction formait angle avec celle de la première, il vit le capitaine Didier, lequel, par impossible, semblait rêver aussi. Vaunoy fit un geste de mauvaise humeur.

—Elle était sur le point de l'oublier! murmura-t-il; je m'y connais! Et le voilà revenu! Sa seule approche déjoue fatalement tous mes plans. Et puis, si quelqu'un de ces hasards que nulle précaution ne peut déjouer, allait lui apprendre…

Vaunoy s'interrompit. Comme nous l'avons dit, les deux allées que suivaient Alix et Didier se croisaient. Chaque pas fait par les deux jeunes gens les rapprochait: ils allaient se rencontrer dans quelques secondes.

—Eh! qu'a-t-il besoin de savoir? reprit Vaunoy avec emportement. Son étoile le pousse à me nuire. Qu'il sache ou non, il me perdra si je ne le perds.

Alix et Didier arrivaient en même temps au point de convergence des allées; au moment où ils allaient se trouver face à face. Vaunoy porta son sifflet de chasse à ses lèvres.

Le bruit fit lever la tête aux deux jeunes gens, Alix se tourna du côté du château et dut obéir au geste d'appel que lui envoya son père.

Didier salua et poursuivit sa route.

—C'était comme un fait exprès! pensa Vaunoy. Saint-Dieu! j'ai manqué mon coup deux fois déjà; mais on dit que le nombre trois porte bonheur!…

Il entra dans son appartement où ne tardèrent pas à le joindre ses deux féaux serviteurs, Alain et Lapierre. Presque au même instant, Alix entr'ouvrit la porte.