—Je suis de votre avis, mon père, dit-elle; je crois que tout est pour le mieux.

Vaunoy connaissait sa fille, et, si peu fait qu'il fût pour la comprendre, il avait pour elle une sorte de respect. Néanmoins cette résignation lui sembla si extraordinaire qu'il eut peine à y croire.

Involontairement et suivant la pente de sa vieille habitude, il reprit son espionnage moral.

—Saint-Dieu! dit-il après un silence, vous êtes le parangon de l'obéissance filiale, Alix, et je veux parier qu'on irait de Rennes à Nantes sans trouver votre pareille. Pas une plainte! c'est à n'y pas croire, et cela me donne bonne espérance pour ce pauvre M. de Béchameil.

Alix ne répondit point.

—Mais ne parlons pas de cela, poursuivit le maître de La Tremlays. Voici déjà un point de gagné; il ne faut pas trop demander à la fois. Moi qui étais dans des transes! Maintenant je n'ai garde de craindre. Je ne m'étonne plus de votre réserve d'hier soir… Vit-on jamais semblable outrecuidance! et, certes, je suis prêt à faire serment que cette entrevue dont nous parlions tout à l'heure sera la dernière et n'aura point de pendant.

Cette phrase était la partie importante du discours d'Hervé de Vaunoy. Tout le reste n'était qu'une préparation. Aussi en suivit-il l'effet avec inquiétude, attendant une réponse et épiant la signification du moindre geste.

Il oubliait encore une fois que ces soins étaient superflus. Les paroles d'Alix défiaient les interprétations et n'avaient pas besoin de commentaire.

Elle montra de son doigt tendu Didier qui, franchissant la dernière barrière du parc, s'enfonçait sous le couvert.

—Il me faudra attendre son retour, dit-elle.