«—Je n'ai plus rien! sanglota Jean; plus rien, sur mon salut; tuez-moi et prenez pitié de mon père.
«Mathieu Blanc fit effort pour se lever; il étouffait: c'était horrible.
«—J'ai soif! râla-t-il une dernière fois.
«Puis il retomba mort sur la paille du grabat.»
En arrivant à cette partie de son récit, la voix de Pelo Rouan était graduellement devenue haletante et étranglée. Elle s'éteignit tout à coup lorsqu'il prononça ces derniers mots, et Jude sentit sa main mouillée, comme par une goutte de sueur ou une larme.
Le bon écuyer, du reste, n'était guère moins ému que Pelo Rouan lui-même.
—Le pauvre garçon! murmura-t-il en serrant convulsivement ses gros poings; le pauvre garçon! Voir ainsi assassiner son père! Et ce misérable Vaunoy!… pour Dieu, mon homme, que fit Jean Blanc après cela?
Pelo Rouan respira avec effort.
—Jean Blanc, répéta-t-il, lorsqu'il mourra, n'éprouvera point une angoisse comparable à celle de cet affreux moment. Il voila le visage de son père mort et s'agenouilla auprès du lit, sans plus savoir qu'il y avait là dix misérables pour railler sa douleur. Mais ils ne lui laissèrent pas oublier longtemps leur présence.
«—Eh bien, manant, dit le collecteur, les quatre livres que tu dois au roi!