Jude fit un signe d'obéissance et emporta la cassette.

III
Le dépôt

Nicolas Treml ne dormit point cette nuit-là. Le lendemain, avant le jour, il entendit dans la cour le pas du cheval de Jude. Presque au même instant la porte de sa chambre s'ouvrit et Hervé de Vaunoy parut sur le seuil. Maître Hervé n'avait plus cet air humble et craintif dont nous l'avons vu s'affubler en entrant au château pour la première fois. Son sourire s'épanouissait maintenant, joyeux, sur sa lèvre. Il portait le front haut et affectait les dehors d'une franchise brusque, à peine tempérée par le respect.

—Saint-Dieu! dit-il en arrivant, vous êtes matinal, monsieur mon très cher cousin. J'étais encore à mon premier somme lorsqu'on est venu me réveiller de votre part…

Il s'arrêta tout à coup en apercevant le sévère et pâle visage de Nicolas Treml, dont l'oeil perçant tombait d'aplomb sur son oeil et semblait vouloir descendre jusqu'au fond de sa conscience.

—Qu'y a-t-il? murmura-t-il avec un involontaire effroi.

Nicolas Treml lui montra du doigt un siège; il s'assit.

—Hervé, dit le vieux gentilhomme d'une voix lente et tristement accentuée, quand Dieu m'a repris mon fils, vous étiez un pauvre homme faible, vous souteniez une lutte inégale contre moi qui suis fort. Vous alliez être écrasé…

—Vous avez été généreux, mon noble cousin, interrompit Vaunoy qui se sentait venir une vague inquiétude.

—Serez-vous reconnaissant? reprit le vieillard.