Béchameil mit une pincée de gingembre et ouvrit convulsivement ses narines pour saisir l'effet.

—Délicieux! céleste! dit-il; Alix, vous ne refuserez plus la main capable de combiner ces saveurs, il faudrait être un sauvage pour résister à un pareil arôme.

—C'est vrai que ça sent bon! grommela Goton dans un coin.

Béchameil mit son binocle à l'oeil et regarda du côté de la cheminée d'un air modeste et satisfait.

—N'est-ce pas, excellente vieille? s'écria-t-il, c'est un manger de déesse.

—Ça doit faire un fier ragoût, c'est la vérité, répondit Goton en rallumant sa pipe avec gravité, mais, sauf respect de vous, si j'étais homme et marquis, m'est avis que j'aimerais mieux manier une épée que la queue d'une casserole.

Béchameil laissa retomber son binocle et, se détournant de dame Goton avec mépris, il rendit son âme tout entière à la pensée de la belle Alix.

Celle-ci, par contre, ne songeait en aucune façon à lui; elle était assise auprès de sa tante, mademoiselle Olive de Vaunoy, dans le petit salon de La Tremlays, et travaillait avec distraction à un ouvrage de broderie.

Mademoiselle Olive faisait de même; mais cette recommandable personne avait eu soin de se placer entre trois glaces. De sorte que, de quelque côté qu'elle voulût bien tourner la tête, elle était sûre de se sourire à elle-même et d'apercevoir, dans toute son ambitieuse majesté l'édifice imposant de sa coiffure.

Chaque fois qu'elle tirait son aiguille, elle jetait à l'un des trois miroirs une oeillade pleine de bienveillance que le miroir lui rendait exactement.