Ce jeu innocent paraissait la satisfaire on ne peut davantage; mais c'était un jeu muet, et la langue de mademoiselle Olive était pour le moins aussi exigeante que ses yeux.
À plusieurs reprises, elle avait essayé déjà d'entamer une conversation avec sa nièce sur ses sujets favoris, savoir: les défauts du prochain, le plus ou moins de mérite des chiffons récemment arrivés de Rennes, et surtout les romans de mademoiselle de Scudéry, qui étaient encore à la mode en Bretagne.
Alix avait répondu par des monosyllabes et à contre-propos. Non seulement elle ne donnait pas la réplique, mais elle n'écoutait pas, chose cruellement mortifiante en soi pour tout interlocuteur, mais qui devient accablante pour une demoiselle d'un certain âge, prise du besoin de causer.
—Mon Dieu, mon enfant, dit enfin la tante après avoir fait un effort pour garder le silence; pendant la moitié d'une minute, ceci devient intolérable. Je vous conjure de me dire où vous avez l'esprit depuis une heure!
Alix releva lentement sur sa tante ses grands yeux fixes et distraits.
—Vous avez parfaitement raison, répondit-elle au hasard.
—Comment, raison? s'écria mademoiselle Olive. Mais je n'ai rien dit!
Alix sembla se réveiller en sursaut et regarda sa tante d'un air étonné, puis elle se leva, la salua et sortit.
Elle traversa rapidement le corridor et gagna sa chambre où elle se mit à marcher à grands pas.
—Je veux le voir! dit-elle après quelques minutes d'un silence agité. Il le faut.