—Dieu le conduise! murmura-t-il. Il est bon, il croit bien faire.
Il s'assit sur le seuil et demeura pensif.
—Pauvre petit monsieur Georges! dit-il après un long silence; seul, aux mains de ce Vaunoy qui ne croit pas en Dieu!
Il fit encore une pause, puis il ajouta:
—Ils m'appellent le mouton blanc… Je suis le mouton et cet homme est le loup: mauvaise bataille! le loup a ses dents: si les dents me poussaient… le mouton se ferait loup pour défendre ou venger ceux qu'il aime. Qui vivra verra!
VI
Le voyage
La dernière voix que Nicolas Treml entendit sur ses domaines fut celle de Jean Blanc, dont le chant mélancolique le saluait au départ comme un menaçant augure. Il fallut au vieux gentilhomme toute sa force d'âme et cette obstination qui est le propre du caractère breton pour vaincre les tristesses qui vinrent assaillir son coeur.
Il repoussa loin de lui l'image de Georges et continua sa route.
Il ne voulait point que l'on connût son itinéraire, car, après avoir fait deux lieues dans la direction du Couesnon et de la mer, il revint brusquement sur ses pas, tourna Vitré dont la noire citadelle absorbait les rayons du soleil de midi, et gagna le chemin de Laval, en laissant sur sa droite les belles prairies où serpente le ruisseau qui s'appelle déjà la Vilaine.
Entre Laval et Vitré, un peu au-dessous du bourg d'Ernée, qui joua, quatre-vingts ans plus tard, un grand rôle dans les guerres de la chouannerie, s'élevaient, sur un petit tertre, deux tronçons de poteaux dont les têtes avaient été coupées.