—Où allons-nous? se demandait parfois Jude Leker.
Mais il ne faisait point cette question tout haut. S'il plaisait à Nicolas Treml de taire le but de ce voyage, ce n'était point à lui, Jude, qu'il appartenait de surprendre ce secret.
Son incertitude ne devait pas durer longtemps désormais. Ils traversèrent Mortagne, puis Verneuil, puis Dreux, et, le matin du sixième jour, ils franchirent la grille dorée du parc de Versailles.
Versailles était abandonné déjà, mais ses blancs perrons de marbre avaient encore le brillant éclat des jours de sa gloire.
Statues, colonnades, urnes antiques et riches frontons gardaient leur splendeur du dernier règne. Il y avait si peu de temps que durait le veuvage de la cité royale! Le sable des allées ne conservait-il pas encore les traces des mules de satin et des hauts talons vermillonnés?
N'y avait-il pas encore des fleurs dans les vases, des strophes gravées sur l'écorce des arbres, des jets de cristal dans la bouche souriante des naïades de bronze?
Hélas! le veuvage a continué trop longtemps; les fleurs se sont flétries; bronzes et marbres ont pris l'austère beauté des oeuvres d'un autre âge; il n'y a plus ni chants, ni joies. C'est au passé qu'il faut dire avec le poète, pleurant les grandeurs de la monarchie:
Oh! que Versailles était superbe
Dans ces jours purs de tout affront,
Où les prospérités en gerbe
S'épanouissaient sur son front!
Là tout faste était sans mesure,
Là chaque arbre avait sa parure,
Là chaque homme avait sa dorure;
Tout du maître suivait la loi
Comme au même but vont cent routes,
Là les grandeurs abondaient toutes:
L'Olympe ne pendait aux voûtes
Que pour compléter le grand roi.
Nicolas Treml et son écuyer n'étaient point gens, il faut le dire, à s'occuper beaucoup de sculptures ou de jets d'eau. Ils jetèrent chemin faisant un regard distrait sur tous ces dieux de pierre qui souriaient, jouaient de la flûte ou dansaient couronnés de raisins, puis ils passèrent.
Après avoir marché quelques heures encore, ils trouvèrent la
Seine.