Mais cela prouve seulement que l'homme n'a su dérober que la moitié de la palette céleste. Chez Marie, c'était un charme de plus: ses traits fins, mais hardiment modelés, apparaissaient suaves et comme voilés sous cette indécise auréole. Cela faisait l'effet de ce nuage mystique, aux rayons naïvement adoucis, que les peintres du Moyen Âge donnaient pour ornement au front divin de la Mère de Dieu.

Marie était sauvage comme son père. Lorsqu'elle ne restait point dans la loge, occupée à tresser des paniers de chèvrefeuille que Pelo Rouan vendait aux foires de Saint-Aubin-du-Cormier, Marie errait, seule et rêveuse, dans les sentiers perdus de la forêt.

Souvent le voyageur s'arrêtait pour écouter une voix pure, et semblable à la voix des anges, qui chantait la complainte d'Arthur de Bretagne, dont nous avons parlé dans la première partie de ce récit. Ceux qui se souvenaient du pauvre Jean Blanc songeaient à lui en entendant son refrain favori; la plupart savouraient la musique sans évoquer la mémoire de l'albinos, car bien d'autres que lui répétaient ce refrain qui berce les enfants dans toutes les loges du pays de Rennes.

Du reste, on entendait toujours Marie comme on écoute le rossignol, sans la voir. Dès qu'elle apercevait un étranger, son instinct de timidité farouche la portait à fuir. On voyait le taillis s'agiter comme au passage d'un faon, puis plus rien. Marie était alerte et vive. On eût couru longtemps pour l'atteindre.

Quelques-uns cependant l'avaient vue et le bruit de sa beauté sans rivale s'était répandu dans le pays. On fut du temps avant de savoir son nom, car Pelo Rouan ne souffrait guère de questions, surtout lorsqu'il s'agissait de sa fille, et Marie devenait muette dès qu'un homme lui adressait la parole. À cause de cette ignorance, et par un reste de cette chevaleresque poésie qui a fleuri si longtemps sur la terre de Bretagne, on choisissait pour désigner Marie les noms des plus charmantes fleurs.

Les jeunes gens de la forêt parlaient d'elle d'autant plus souvent que son existence était plus mystérieuse. À la longue, la coutume effeuilla cette guirlande de jolis sobriquets. Un seul resta, qui faisait allusion à la couleur des cheveux de Marie:

On l'appela Fleur-des-Genêts.

Pelo Rouan laissait à sa fille une liberté entière, dont celle-ci usait tout naturellement et comme on respire sans savoir qu'il en pût être autrement. D'ailleurs, le charbonnier, quand même il l'aurait voulu, n'aurait point pu surveiller fort attentivement la jeune fille, car il faisait de longues et fréquentes absences.

Le motif de ces absences était un secret, même pour Marie.

Parfois, durant des semaines, le four de Pelo Rouan restait froid, mais quand il revenait, il travaillait le double et réparait le temps perdu.