—Dieu l'a tenu en sa garde, répondit Jude.

—Tant mieux! Au château, maintenant, à moins qu'il ne te reste quelque mystérieuse expédition à accomplir.

Il est rare qu'un Breton de la vieille roche sympathise complètement avec cette gaieté insouciante et communicative qui est le fond du caractère français. Cette recrudescence soudaine de bonne humeur mit l'honnête Jude à la gêne, d'autant plus qu'il était occupé lui-même de pensées graves.

Il suivit quelque temps en silence le jeune capitaine qui fredonnait et semblait vouloir passer en revue tous les ponts-neufs, anciens et nouveaux, chantés au théâtre de la foire.

Enfin Jude poussa son cheval et prit la parole.

—Monsieur, dit-il, mon devoir est lourd et mon esprit borné. Je compte sur l'aide que vous m'avez promise.

—Et tu as raison, mon garçon; tout ce que je pourrai faire, je le ferai. Voyons, explique-moi un peu ce que tu attends de moi.

—D'abord, répondit Jude, bien que vingt ans se soient écoulés depuis que j'ai mis le pied pour la dernière fois au château de La Tremlays, il pourrait s'y trouver quelqu'un pour me reconnaître, et j'ai intérêt à me cacher. Je voudrais donc n'y point entrer avant la nuit venue.

—Soit, le temps est beau; nous attendrons dans la forêt. Mais l'expédient me semble médiocrement ingénieux, par la raison qu'il y a résines et lampes au château de M. de Vaunoy.

—C'est vrai, murmura dolemment le pauvre Jude; je n'avais point songé à cela.