Son visage, derrière le voile que lui faisaient ses deux mains, avait comme un sourire.
La menace n'avait plus de prise sur elle, et la brutale parole du maître de Penhoël bruissait comme un vain son autour de son oreille inattentive.
C'était un repos de quelques secondes peut-être; mais au milieu de l'immense désert, l'ombre de l'oasis a d'indicibles charmes.
René continuait à plaisir son rôle de bourreau; il croyait deviner des larmes derrière les deux mains de Marthe, et cela lui plaisait.
—Vous ne niez pas, cette fois, madame!... disait-il en feuilletant les pages de la seconde lettre; êtes-vous donc déjà lasse de mentir?... J'attendais mieux de vous, sur ma parole!... Faites-moi la grâce de m'écouter, je vous prie... Nous ne sommes pas au bout des plaisirs de cette soirée... et ce qui nous reste à lire est de beaucoup le plus intéressant.
Marthe ne répondit point. Penhoël avait beau affecter une tranquillité railleuse, son ivresse augmentait, sans qu'il s'en aperçût lui-même; sa voix balbutiait, épaisse et lourde; il y avait des moments où ses yeux mornes s'allumaient tout à coup pour jeter un brûlant éclair.
—Nous changeons de manière..., reprit-il; nous n'avons ici ni date ni suscription... on a écrit cela au jour le jour... On a bien pleuré en l'écrivant... C'est un titre curieux... Attention! je commence:
«Voilà vingt fois que je prends la plume, et vingt fois que je déchire ma lettre. Comment vous exprimer tout ce que j'ai dans le cœur? Comment vous apprendre ce qui s'est passé? Comment vous dire pourquoi j'espère encore en vous, moi qui suis la femme d'un autre?...»
—Ce n'est pas une raison..., interrompit René. Avez-vous la bonté de m'écouter, madame?
Marthe fit un signe de tête muet.