Et il ajouta en pressant à deux mains son front mouillé:

—O mon frère!... mon frère!... Dieu te venge!

—Allons, mon neveu, dit l'oncle Jean qui secoua son abattement et feignit une sorte de gaieté, nous n'en sommes pas là, Dieu merci!... C'est un orage à essuyer, voilà tout!... La belle affaire pour un chasseur!... Au pis aller, nous sommes bien sûrs de trouver un accueil cordial chez notre vieil ami l'aubergiste de Redon.

—C'est vrai!... dit vivement Penhoël, celui-là nous aime... et il est assez riche pour nourrir Marthe, tandis que j'irai, moi, Dieu sait où.

—Où vous irez, je vous suivrai, Penhoël..., répliqua Madame...

René fit comme s'il n'avait pas entendu.

—Il faut que j'aille bien loin, reprit-il; bien loin!... car ces gens conservent une arme contre moi... et tant qu'ils me verront à portée de leurs coups, ils frapperont sans pitié ni trêve... Jusqu'à ma mort, voyez-vous, ils auront peur de me voir rentrer dans la maison de mon père!

—Et bien ils feront, mon neveu! s'écria le vieil oncle en affectant un espoir qu'il n'avait pas; car Dieu est juste, et vous y rentrerez quelque jour... En attendant, je vois de la lumière dans la loge de Benoît le passeur... Entrons là pour laisser passer l'orage, car la pauvre Marthe est bien faible... J'ai bonne espérance... Quand Marthe sera reposée, nous prendrons le bac et nous irons chez notre ami Géraud, qui est riche et dévoué...

L'oncle Jean marchait maintenant le premier. Il s'engagea dans le petit sentier qui menait à la loge. René le suivait avec répugnance. Depuis plus d'une année, il n'avait pas visité le vieux serviteur de son père, qui se mourait dans l'abandon.

Comme Jean de Penhoël approchait de la cabane, il vit en travers de la porte une masse noire dont il ne distinguait point la forme.