Cyprienne traversa la chambre sur la pointe des pieds, et comme si elle eût craint de réveiller Barbe-Bleue endormi.

Il y avait sur la table des petits pains tendres, dorés, appétissants. La pauvre fille avança la main, la retira, puis l'avança encore. Était-ce du poison?

Elle prit un petit pain et l'approcha de ses lèvres, qui étaient toutes pâles. Elle n'osait guère.

Mais qu'ils semblaient bons, ces petits pains! Comme ils cédaient, en craquant, sous les doigts de Cyprienne, qui n'avait pas mangé depuis deux jours!...

Sa bouche s'ouvrit; ses dents blanches et fines attaquèrent la croûte blonde, et le petit pain disparut comme par enchantement.

Elle en saisit deux autres et revint vers sa sœur en sautant.

—Tiens, Diane!... dit-elle en lui présentant la moitié de sa proie, il n'y a rien dedans, j'en suis sûre!

Diane, qui n'avait pas laissé échapper une plainte, était exténuée autant que sa sœur, et souffrait de la faim, davantage peut-être, car la dernière bouchée avait été pour Cyprienne.

Elle jeta sur le petit pain un regard de convoitise. Elle hésita, puis sa main s'ouvrit à son tour...

Elle mangea.