Marthe avait les yeux fermés. Ses idées vacillaient et s'égaraient dans ce songe enchanté qui précède, dit-on, la mort par asphyxie.
En ce moment, comme toujours, elle était avec ses filles, la pauvre mère!
Mais, entre ses trois filles, il n'y avait plus de différence. Elle pouvait les aimer d'une tendresse égale et partager entre elles ses baisers heureux.
Oh! les trois beaux anges, vêtus de longues robes blanches, et couronnés de fleurs!
Dieu les lui amenait par la main, et les saints du paradis souriaient à son bonheur de mère.
Un poids était sur sa poitrine haletante, mais elle ne le sentait point, tant elle avait de joie.
Diane, Cyprienne, Blanche! pauvres enfants perdues et retrouvées, qui riaient et qui pleuraient sur son sein.
Comme elles s'aimaient toutes trois, et comme elles l'aimaient!
Et derrière leurs visages angéliques, à travers le voile diaphane qui couvre les visions, Marthe entrevoyait une autre figure: les traits mâles d'un homme qui semblait avoir honte et se cacher.
Oh! Dieu pardonne à tous, et ce n'est pas au ciel qu'il faut garder souvenir du mal enduré sur la terre.