Tout en veillant au chevet de Blanche, les deux jeunes filles songeaient, et, bien qu'elles ne pussent se communiquer leurs pensées de peur d'éveiller la pauvre malade, leurs pensées étaient les mêmes.
Elles se demandaient comment Madame et René de Penhoël avaient pu fuir dans l'état où ils étaient; elles les avaient laissés mourants tous les deux! Pourquoi quitter leur retraite justement à cette heure?
Où étaient-ils allés?
A ces questions nulle réponse n'était possible. Cyprienne et Diane entrevoyaient un mystère, sans pouvoir même essayer de l'éclaircir.
—Demain, se disaient-elles, nous retournerons...
Et leur esprit, abandonnant cette énigme insoluble, revenait à d'autres idées. Diane songeait à Étienne, Cyprienne à Roger.
Qu'avaient-ils dû penser la veille? Ils aimaient encore; ils n'avaient pas oublié. Oh! on les aimait aussi...
Diane se réjouissait d'avoir retrouvé le cœur d'Étienne tout entier à elle; Cyprienne pardonnait à Roger son inconstance folle, pour les bonnes larmes qu'elle avait vues dans ses yeux.
Elle l'aimait comme il était.
Un regard échangé disait aux deux sœurs ce qu'elles avaient dans l'âme; c'était une conversation muette, et parfois toutes deux se prenaient à sourire en rougissant, comme si elles eussent mis leur cœur de vierge à nu dans des paroles trop hardies.