La veuve tressaillit de la tête aux pieds; mais Valentine lui jeta ses bras autour du cou en riant bruyamment.
Et comme la pauvre maman Léo restait toute bouleversée, la jeune fille ajouta dans un baiser:
—Vous oubliez votre rôle, parlez-moi donc de l'évasion; ils vous guettent!
La dompteuse n'aurait pas été plus complètement étourdie si on lui eût rendu sur le crâne le coup de boulet ramé qui avait fait la fin de Jean-Paul Samayoux, son mari.
Elle essaya pourtant et dit comme au hasard, répétant à son insu les propres paroles de M. Constant:
—Il n'y a pas de serrure dont on n'achète la clef avec de l'argent; tout le monde est riche ici et tout le monde a bonne volonté de mettre la main à la poche. On m'a dit comme ça qu'il n'y avait que toi, fillette, pour s'opposer à la délivrance de Maurice.
Valentine se renversa en arrière et prit une attitude de profonde réflexion.
—Penses-tu qu'on puisse condamner un innocent? murmura-t-elle; et tu sais bien qu'il est innocent, n'est-ce pas?
—Si je le sais! répliqua Mme Samayoux: quand il y aurait cent millions de juges pour dire le contraire, je crierais encore qu'il est innocent! Mais ça n'empêcherait pas un malheur, vois-tu, fillette? parce que les juges sont les maîtres. Et on en a tant vu qui étaient blancs comme neige, porter leur pauvre tête sur l'échafaud! Voyons, il faut te faire une raison: quand Maurice sera libre, vous irez en Angleterre ou en Espagne, ou même plus loin, et vous vous marierez ensemble.
—Et viendras-tu avec nous, toi, maman? demanda la jeune fille.