Tu n'iras plus danser au bord de la mer,
Cueillir en chantant la fleur des lauriers-roses,
Baigner l'or de ton corps à l'or de la mer,
Fondre ton rêve au vague rêve des choses.
Tu ne dormiras plus sous les pandanus,—
Nous allons te saisir entre nos mains creuses:
Les vivants qui t'aimaient sous les pandanus
Ont-ils su féconder ta chair amoureuse?
Ton sang est condamné! Le temps est venu
Où l'homme doit mourir pour ne pas revivre!
Il a trahi ses Dieux: le temps est venu
Où dans la nuit de la mort il doit les suivre—
Afin que le Roi, le seul Roi, Taora,
Couve à nouveau l'oeuf de l'éternel mystère,
Afin que le Roi, le seul Roi, Taora,
Partage à de plus grands que l'homme la terre.
Et comme une femme était, au premier jour,
De qui procéda la vie et l'espérance,
Qu'une femme aussi se lève, au dernier jour.
De qui vienne la mort et la délivrance.
Tu n'échapperas pas à l'amour des Dieux!
Ils te possèderont dans ta juste joie,
Téhura, glorieuse amante des Dieux,
Ou tu seras dans ton désespoir leur proie!
C'est l'heure des Dieux, c'est soir des Dieux, c'est Soir!
Viens: pour les servir c'est toi qu'ils ont élue.
C'est soir de la mort et de l'amour, c'est Soir!
Viens: pour les aimer c'est toi qu'ils ont voulue.
Et l'enfant voit dans sa terreur le sanctuaire
Antique, l'appareil des rites mortuaires,
L'autel, le prêtre rouge, et l'oeil phosphorescent
Des démons, et les Dieux au geste menaçant,
Et sa race au grand coeur d'autrefois, qui succombe
Et gravit humblement les rampes de la tombe
Où l'appellent les Dieux qu'elle a mis en oubli:
Sommet d'horreur de l'Île Heureuse, là réside
Le Temple, lieu toujours vivant, toujours avide._
V
L'enfant voit—et déjà les temps sont accomplis.
L'homme est mort. Il est mort pour ne jamais renaître.
Les Îles et les Eaux servent un autre maître,
Meilleur, et dont les yeux sont des foyers d'amour
Et de joie,—et l'enfant, qui s'étonne du jour
Nouveau, songe qu'elle est morte,—et la mort est douce
Comme la sieste, au bord de la mer, sur la mousse.
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