Le maître d’armes de régiment excelle à vous fatiguer, vous fait faire durant toute l’année en temps décomposés des une, deux, des doubles et finalement quand l’élève veut faire le moindre petit assaut, il perd la carte. «Que vais-je faire», se dit-il? Tiens une, deux. Il presse et il dégage; l’adversaire prend le contre. Ça ne biche pas. Naturellement... vos mouvements doivent correspondre à la parade.

Il est donc essentiel que le professeur le fasse comprendre à l’élève, en lui donnant la leçon doucement et contrecarrant par sa parade le mouvement commandé. Ainsi par exemple il commande une, deux, mais au lieu d’une opposition, il pare doucement avec un contre, de façon que l’élève suive attentivement la parade et exécute d’après cela.

Maintenant en tant qu’exécution on a un principe à Joinville-le-Pont dont on ne veut démordre. Allongez le bras, fendez-vous. De cette façon il est impossible de tromper les distances, et l’adversaire attentif au mouvement du genou se trouve prévenu constamment.

Tandis que les bons maîtres d’armes civils agissent tout autrement: le bras ne s’allonge qu’au fur et à mesure et la fente souvent inutile ne vient que par-dessus le marché.

Nous aimons aussi la correction s’il se peut, mais intelligemment nous prétendons qu’il faut faire des armes, comme on est bâti.

Ainsi par exemple ayant le poignet faible et la main délicate je m’étais habitué à me servir des muscles du bras, toute la force concentrée à la saignée.

Étant très large de poitrine et n’ayant fait des armes que très tard il m’était impossible à moins d’une gêne extrême de me tenir réglementairement, couvert presque dans les deux lignes. Aussi sans aucune gêne, poitrine découverte, je me suis habitué à n’offrir à l’adversaire qu’une seule ligne en prenant l’engagement toujours en tierce (aujourd’hui on dit en sixte).

Il vaut mieux être correct... Voyez Mérignac. Halte-là, tout le monde n’est pas Mérignac.

Je me souviens, à la salle Hyacinte à Paris, d’un instituteur de première force aux armes. Cet instituteur avait des bras, et des jambes surtout très petites, aussi il s’était habitué à se servir de ses jambes comme s’il avait eu des roulettes sous la plante des pieds. Il ne se fendait pas, mais par une série de petits pas, soit en arrière, soit en avant, il était hors d’atteinte ou immédiatement sur vous. De la tête... toujours de la tête.

Vous avez le poignet fort, fatiguez votre adversaire par des engagements et des pressions solides de force contenue: mais si vous avez la main faible, qu’elle se dérobe sans résistance avec agilité à toutes les pressions. En armes il n’y a pas de dogmes, non plus de bottes secrètes.