«Comme il est gentil d’avoir pensé à moi, et toi, laisse-moi te regarder, mon mignon, comme tu es joli.» J’étais à cette époque tout petit et j’avais, malgré mes dix-sept ans et demi, l’air d’en avoir quinze.
Malgré cela, j’avais fauté une première fois au Havre avant de m’embarquer, et mon cœur battait la breloque. Ce fut pour moi un mois tout à fait délicieux.
Cette charmante Aimée, malgré ses trente ans, était tout à fait jolie, première actrice dans les opéras d’Offenbach. Je la vois encore richement habillée partir dans son coupé attelé d’une ardente mule. Tout le monde la courtisait, mais à ce moment-là l’amant en titre était un fils de l’empereur de Russie, élève sur le vaisseau-école. Il fit de telles dépenses que le commandant du navire alla trouver le consul de France pour que celui-ci intervînt adroitement.
Notre consul fit venir Aimée dans son bureau et lui fit maladroitement quelques remontrances. Aimée sans colère se mit à rire et lui dit: «Mon cher consul, je vous écoute avec ravissement et je crois que vous devez être un très fin diplomate, mais... mais je crois aussi qu’en matière de cul vous n’y entendez rien.»
Et elle partit en chantant: «Dis-moi, Vénus, quel plaisir trouves-tu à faire ainsi cascader ma vertu.»
Et Aimée fit cascader ma vertu. Le terrain était propice sans doute, car je devins très polisson.
Au retour nous eûmes plusieurs passagères, entre autres une Prussienne tout à fait boulotte.
Ce fut au tour du capitaine d’être pincé, et il chauffait dur, mais inutilement. La Prussienne et moi nous avions trouvé un nid charmant dans la soute aux voiles dont la porte donnait sur la chambre près de l’escalier.
Menteur au possible, je lui racontais un tas d’absurdités et la Prussienne tout à fait pincée voulut me revoir à Paris.
Je lui donnai comme adresse la Farcy, rue Joubert.