C’était très mal et j’eus du remords quelque temps, mais je ne pouvais pas cependant l’envoyer chez ma mère.
Je ne veux pas me faire meilleur ni pire que je suis. A dix-huit ans on a en soi bien des graines.
*
* *
Roujon, homme de lettres, directeur des Beaux-Arts.
Une audience m’est accordée et on m’introduit.
A cette même direction, j’avais été introduit deux années auparavant avec Ary Renan, devant aller étudier à Tahiti; et pour m’en faciliter l’étude, le ministre de l’Instruction publique m’avait accordé une mission. C’est à cette direction qu’on me dit: «Cette mission est gratuite, mais selon nos usages et comme nous l’avons fait précédemment, pour la mission du peintre Dumoulin au Japon, nous vous dédommagerons au retour par quelques achats.—Tranquillisez-vous, M. Gauguin, quand vous reviendrez, écrivez-nous, et nous vous enverrons le nécessaire pour le voyage.»
Des paroles, des paroles...
Me voilà donc chez l’auguste Roujon, directeur des Beaux-Arts.
Il me dit délicieusement: «Je ne saurais encourager votre art qui me révolte et que je ne comprends pas; votre art est trop révolutionnaire pour que cela ne fasse pas un scandale dans nos Beaux-Arts, dont je suis le directeur, appuyé par des inspecteurs.»
Le rideau s’agita et je crus voir Bouguereau, un autre directeur (qui sait? peut-être le vrai). Certainement il n’y était pas, mais j’ai l’imagination vagabonde et pour moi il y était.