Mais c’est un cas particulier, et en général je crois que l’essai en est dangereux.
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Il y a quelque temps un jeune homme, M. Rouart, fit en Belgique une conférence. J’aime assez que les jeunes, quitte à se tromper, bien intentionnés, soient à la recherche d’un meilleur, affirment leurs opinions.
Sa parole fut éloquente sans rien prouver, en ce sens que la vie intellectuelle d’artiste ou autre ne se règle qu’avec les nécessités si diverses qui existent à chaque époque. Et si je croyais, en pareil cas, l’utilité de la parole, je ferais une conférence qui s’adresserait aux non artistes leur disant: «Faites vivre les artistes.»
Mais de quel droit dire à son voisin: «Fais-moi vivre.» Il faudra se résigner à ce qu’il y ait des riches et des pauvres. Voilà plus de trente ans que je vois des efforts de toute espèce en groupes et sociétés et je n’ai jamais vu que l’effort individuel qui puisse compter.
Que dire de cette extraordinaire fumisterie, le Champ de Mars.
A l’Exposition universelle de 1889, les gens de la haute, dans les Beaux-Arts, allaient souvent se rafraîchir au café d’en face, le café Volpini. Sur mon instigation les murs du café avaient été décorés avec des tableaux d’un petit groupe; j’en faisais partie.
C’est là que le plus grand des peintres, Meissonier, se frappa le front et dit:
«Messieurs, il est grand temps de devenir des peintres libres et libéraux; lâchons cette ignoble boîte où il y a des jurys, des médailles, des récompenses comme au collège. Plus de médailles, désormais, maintenant que nous les avons toutes. Il nous faut élargir le centre de notre clientèle et pour cela faire une grande part aux artistes étrangers. A nous les dollars.»
Ce fut une société splendide.