Il me semble qu’en ce moment, plus le génie baisse, plus le talent monte.

Je vais faire comme M. Brunetière, je vais me mettre à réfléchir; réfléchir si longtemps que je n’oserai plus tenir un pinceau, et écrire quoi que ce soit. Il faut être prudent.

Ne quittez pas le chapeau, sinon le génie s’envole.

A ma fenêtre ici, aux Marquises, à Atuana, tout s’obscurcit, les danses sont finies, les douces mélodies se sont éteintes. Mais ce n’est pas le silence. En crescendo le vent zigzague les branches, la grande danse commence; le cyclone bat son plein. L’Olympe se met de la partie; Jupiter nous envoie toutes ses foudres, les Titans roulent les rochers, la rivière déborde.

Les immenses maiore sont renversés, les cocotiers ploient leur échine, et leur chevelure frise la terre; tout fuit: les rochers, les arbres, les cadavres entraînés vers la mer. Passionnante orgie des Dieux en courroux.

Le soleil revient, les cocotiers altiers relèvent leur panache, l’homme aussi; les grandes douleurs sont passées, la joie est revenue, la mère sourit à l’enfant.

La réalité d’hier devient la fable et on l’oublie.

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Il est temps de cesser tout ce bavardage, le lecteur s’impatiente: et je termine non sans écrire à la fin une petite préface.

J’estime (autrement que Brunetière), qu’aujourd’hui on écrit beaucoup trop. Entendons-nous sur ce sujet.