Une fois réveillé, Vincent demanda après son camarade, sa pipe et son tabac, songea même à demander la boîte qui était en bas et contenait notre argent. Un soupçon sans doute! qui m’effleura étant déjà armé contre toute souffrance.

Vincent fut conduit à l’hôpital où aussitôt arrivé, son cerveau recommença à battre la campagne.

Tout le reste, on le sait dans le monde que cela peut intéresser et il serait inutile d’en parler, si ce n’est cette extrême souffrance d’un homme qui soigné dans une maison de fous, s’est vu par intervalles mensuels reprendre la raison suffisamment pour comprendre son état et peindre avec rage les tableaux admirables qu’on connaît.

La dernière lettre que j’ai eue était datée d’Auvers près Pontoise. Il me disait qu’il avait espéré guérir assez pour venir me retrouver en Bretagne, mais qu’aujourd’hui il était obligé de reconnaître l’impossibilité d’une guérison.

«Cher maître (la seule fois qu’il ait prononcé ce mot), il est plus digne après vous avoir connu et vous avoir fait de la peine, de mourir en bon état d’esprit qu’en état qui dégrade.»

Et il se tira un coup de pistolet dans le ventre et ce ne fut que quelques heures après, couché dans son lit et fumant sa pipe, qu’il mourut ayant toute sa lucidité d’esprit, avec amour pour son art et sans haine des autres.

Dans les monstres Jean Dolent écrit:

«Quand Gauguin dit: «Vincent,» sa voix est douce.»

Ne le sachant pas, mais l’ayant deviné. Jean Dolent a raison. On sait pourquoi.

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