Chez le Marquisien surtout, il y a un sens inouï de la décoration.

Donnez-lui un objet de formes géométriques quelconques, même de géométrie gobine, il parviendra,—le tout harmonieusement,—à ne laisser aucun vide choquant et disparate. La base en est le corps humain ou le visage. Le visage surtout. On est étonné de trouver un visage là où l’on croyait à une figure étrange géométrique. Toujours la même chose et cependant jamais la même chose.

Aujourd’hui même à prix d’or on ne retrouverait plus de ces beaux objets en os, en écaille, en bois de fer qu’ils faisaient autrefois. La gendarmerie a tout dérobé et vendu à des amateurs collectionneurs et cependant l’Administration n’a pas songé un seul instant, chose qui lui aurait été facile, à faire un musée à Tahiti de tout l’art océanien.

Tous ces gens qui se disent cependant si instruits n’ont pu se douter un instant de la valeur des artistes marquisiens.

Il n’y a pas la moindre femme de fonctionnaire qui devant cela ne se soit écrié: «Mais c’est horrible! c’est de la sauvagerie!» De la sauvagerie! elles en ont plein la bouche.

Modes surannées, tourtes depuis les pieds jusqu’à la tête, communes de hanche, corset tripaillant, bijouterie en toc, coudes ou menaçant ou saucissonnant, elles déparent une fête dans ces pays. Mais elles sont blanches, et leur ventre bedonne.

Toute élégante, la population qui n’est pas blanche. Monsieur le critique se trompe considérablement quand il dit avec dédain... des Négresses... à moins que ce soit moi qui me sois trompé, les décrivant, les dessinant aussi.

L’un dit: «Ce sont des Papoues;» l’autre: «Ce sont des négresses.» Voilà de quoi sérieusement me donner des doutes sur ma valeur artistique. Loti! à la bonne heure; c’est charmant.

Rétablissons un instant dans mon sens la désignation de cette race et nommons-la la race Maorie, quitte à un autre, plus tard, plus ou moins photographe, à la décrire et la peindre avec un art plus civilisé et plus vrai.

Je dis bien, toute élégante. Toute femme fait sa robe, tresse son chapeau, et lui met des rubans à en remontrer à n’importe quelle modiste de Paris, arrange des bouquets avec autant de goût que sur le boulevard de la Madeleine. Leur joli corps sans contrainte sous la chemise de dentelle et de mousseline, ondule gracieusement. Des manches, sortent des mains essentiellement aristocratiques: en revanche les pieds larges et solides, sans bottine, nous offusquent quelque temps seulement, car plus tard ce serait la bottine qui nous offusquerait. Autre chose aussi aux Marquises qui révolte quelques bégueules c’est que toutes ces jeunes filles fument la pipe, sans doute, le calumet, pour ceux qui voient dans tout la sauvagerie.