Tout est là, et les malheureux se sont soumis.

La nouvelle génération, depuis le berceau, chante en un français incompréhensible les cantiques, récite le catéchisme et puis encore...

Rien. Vous m’entendez bien.

Si une jeune fille ayant cueilli des fleurs fait artistement une jolie couronne et la met sur sa tête, Monseigneur se fâche!

Bientôt le Marquisien sera incapable de monter à un cocotier, incapable d’aller dans la montagne chercher les bananes sauvages qui peuvent le nourrir. L’enfant retenu à l’école, privé d’exercices corporels, le corps (histoire de décence), toujours vêtu, devient délicat, incapable de supporter la nuit dans la montagne. Ils commencent à porter tous des souliers, et leurs pieds, désormais fragiles, ne pourront courir dans les rudes sentiers, traverser les torrents sur des cailloux.

Aussi nous assistons à ce triste spectacle qui est l’extinction de la race en grande partie poitrinaire, les reins inféconds et les ovaires détruits par le mercure.

Voyant cela, je suis amené à penser, rêver plutôt; à ce moment où tout était absorbé, endormi, anéanti dans le sommeil du premier âge, en germes.

Principes invisibles, indéterminés, inobservables alors, tous par l’inertie première de leur virtualité, sans un acte perceptible ou percevant, sans réalité active ou passive, sans cohésion par là même n’offraient évidemment qu’un caractère, celui de la nature entière sans vie, sans expression, dissoute, réduite à rien, engloutie dans l’immensité de l’espace, qui sans forme aucune et comme vide et pénétrée par la nuit et le silence dans toutes ses profondeurs devait être comme un abîme sans nom. C’était le chaos, le néant primordial, non de l’Être, mais de la Vie, qu’après on appelle l’empire de la Mort, quand la vie qui s’en était produite y revient.

Et mon rêve avec la hardiesse de l’inconscience tranche bien des questions que ma compréhension n’ose aborder. Soudainement je suis sur la terre et au milieu d’animaux étranges; je vois des êtres qui pourraient bien être des hommes, mais que peu ils nous ressemblent. Sans crainte je m’en approche: vaguement, sans étonnement ils me regardent. Un singe à côté semblerait de beaucoup supérieur.

Et tirant une pièce de monnaie de ma poche je la présente à l’un d’eux. C’est tout ce que j’ai trouvé de plus intelligent à ce moment. Il s’en empare, la porte à sa bouche, puis, sans colère, il la rejette. A-t-il pensé, je n’ose l’espérer.