— Lui aussi ! s’écria-t-il.

Boulou-Boulou demeurait comme le témoin cruellement blessé de ces déprédations.

M. de R… fut tenté de fuir à jamais ce logis martyrisé, où ne reviendraient plus tous ceux qu’il aimait. Le sentiment du devoir envers les braves gens qui comptaient sur lui le retint. Il se remit à l’œuvre, s’occupant d’abord, par des moyens de fortune, de rendre du travail à ses ouvriers.

Quelques mois plus tard, je revins à Avesnes. La maison avait été, assurément, nettoyée et remeublée, mais, avec toutes ces choses neuves, elle n’avait plus son âme. La volonté de M. de R… le soutenait, quand il songeait aux autres, mais il était visible qu’il trompât, par de l’activité, son désarroi moral.

Je lui demandai s’il avait retrouvé les papiers qu’il avait fait enfouir. Il me répondit qu’il ne savait ce qu’était devenu Guillaume et que le jardin, longtemps abandonné, avait pris un aspect trop différent de celui qu’il avait connu pour qu’il entreprît des recherches avec quelques chances de succès. Des documents, relatifs à ses affaires, lui eussent été, cependant, fort utiles.

Ce fut peu de temps après cette conversation que Guillaume reparut. Il avait eu des aventures semblables à celles que coururent bien des réfugiés. Servi par son instinct encore plus que par sa mémoire, il découvrit le coffre. M. de R… se préoccupa d’abord des pièces dont le défaut lui avait été sensible.

Plusieurs mois se passèrent avant que je pusse faire à mon ami une autre visite. Il m’apparut très affaissé. Il semblait qu’il n’eût plus le ressort de vivre. M. de R… affecta, cependant, par délicatesse envers moi (cet affligé cherchait à n’affliger personne) de se sentir en de meilleures dispositions.

— Il faudra, me dit-il, que vous vous arrangiez pour venir passer quelques jours ici. Dans ces papiers dont je vous ai parlé, j’ai trouvé quelques anciennes lettres qui pourront vous intéresser, vous qui fouillez volontiers dans le passé… Nous les examinerons ensemble.

Le désir qu’il exprimait ne put être réalisé. Pendant un voyage que je dus faire, M. de R… mourut. Le mal qui le minait l’avait emporté plus tôt qu’on ne le pensait. J’avais reçu avec une douloureuse émotion la nouvelle de sa fin.

Du temps encore s’écoula. Un petit paquet m’arriva, un jour, de la part de celui de ses gendres qui avait survécu. Se sentant à bout de forces, M. de R… avait pensé à notre conversation, à ce dépouillement projeté d’une correspondance d’ancienne date. Il m’avait légué ces papiers, qu’il n’avait pu classer, avec la liberté d’en user à ma guise.