Nous arrivâmes au logis. Je dois rendre cette justice à Mlle Beauvoisin qu’elle avait sa façon de probité. Elle me convia à monter jusqu’au troisième étage de la maison. Devant sa porte, nous nous heurtâmes à un sergent aux gardes qui sortait. Pendant qu’elle m’invitait à entrer, elle eut avec lui un colloque, que je pus entendre à demi. Le sergent la questionnait à mon sujet ; elle lui contait ce qui s’était passé à Chaillot, et, sans embarras, l’engagement qu’elle avait pris envers moi. Des paroles m’échappèrent, mais je perçus celles que prononça l’homme, d’un ton goguenard, en s’en allant :

— Ma chère, il faut toujours payer ses dettes, quitte à tirer profit de cette honnêteté.

Mlle Beauvoisin revint vers moi, mais le tableau qui s’était présenté à mes yeux et la conversation que j’avais surprise m’avaient à la fois édifié et tout à fait refroidi. Je n’avais plus aucune fierté de cette aventure. Mlle Beauvoisin, avec plus de conscience que d’enthousiasme, insista pour qu’elle se pût acquitter.

— Je regarde, dit-elle, ce point-là comme décidé entre nous.

Je lui rendis grâce, et, prétextant la fatigue, je me retirai. Le petit jour était déjà venu. Je suis fâché, Monsieur, de n’avoir pas à vous conter une plus belle fin de cette nuit-là, pendant laquelle, du moins, j’avais recueilli quelques histoires propres à vous divertir.

XVII
Une nuit de liberté

Ce 12 de Janvier 1772.

Je devais à M. Tournay mes remerciements pour son hospitalité. C’est de quoi, Monsieur, je me voulus acquitter hier.

— Hé bien, me dit-il, êtes-vous content de la Beauvoisin ?

Je lui contai les raisons qui m’avaient fait décliner ses faveurs, mais je ne pus me garder, dans mon indignation, de lui confier ce que j’avais appris sur M. de Fontpeydrouze. Il me répondit que je ne l’étonnais guère, qu’il avait eu tôt fait de juger le personnage, et qu’il avait à s’excuser de l’avoir accueilli parmi nous.