— Tu vas mourir, reprit-il ; mais tu ne mourras point sans avoir réparé l’offense faite à ma Maison. Avant de recevoir le châtiment de ton crime, tu épouseras Doña Serena.

Je tentai de protester que je n’avais séduit personne, mais les mots me venaient très difficilement ou me manquaient pour exprimer que cette Doña Serena m’était parfaitement inconnue. A la fin, mon impatience se traduisit par un haussement d’épaules.

— Pardieu ! dis-je, je vous répondrais de la seule manière qui convient si vous ne m’aviez pas lâchement enlevé mon épée.

Je crois qu’un des frères eut la pensée de me la rendre et de se mesurer avec moi, mais les autres réprimèrent son mouvement, en lui rappelant qu’on m’avait condamné. Une jeune femme se présenta alors ; un prêtre la suivait.

— Marie-les en hâte, dit au prêtre le vieux seigneur et, ajouta-t-il en me montrant, donne l’absolution à celui-ci.

Doña Serena (elle me parut assez belle), étouffa un sanglot de victime impuissante à se défendre, et, soulevant le léger voile qu’elle portait, me contempla. Elle demeura interdite.

— Sur l’honneur, mon père, fit-elle, je ne connais aucunement ce cavalier.

— Ruse facile, s’écrièrent le vieillard et ses fils. Mais ils durent bien s’aviser que la surprise de Doña Serena n’était point jouée.

De mon côté, appelant à moi tout mon espagnol, le mêlant parfois de français, je soutins qu’il y avait trop peu de temps que j’étais arrivé à Burgos pour me pouvoir flatter d’une telle conquête. Je voulais mettre quelque galanterie dans mes dénégations et dire que je regrettais de n’avoir point à offrir ma vie en échange d’une faute aussi désirable, mais les mots ne rendirent que fort imparfaitement cette idée. Mes juges se sentaient pourtant ébranlés dans leur conviction.

— Soit, dit l’aîné des fils, la vieille qui devait guetter l’intrus, s’est trompée. Mais cet homme n’en doit pas moins mourir, puisqu’il a été mis par hasard en possession d’un secret.