Tout Ribamourt les unissait déjà, depuis que les volontés de l'Onagre y étaient connues. Et n'étaient-ils pas les triomphateurs du testament? L'ouverture n'en était pas allée sans quelque tumulte, dont M. Pétrarque Lescaa à demi fou qu'il devenait, fit tous les frais.

C'est dans l'étude de Maître Beaudésyme que s'en fit la cérémonie, Vitalis présent. Le juge de paix, à force de désirer qu'il n'y eut pas de testament, avait fini, malgré tout, malgré la convocation du même notaire, par le croire. C'était, quant à lui, la plus favorable hypothèse, presque aucuns parents de l'Onagre, Vitalis lui-même, ne l'étant d'assez près pour hériter dans ce cas. L'éblouissement de l'or fut tel chez Pétrarque que, par une projection de son espérance dans l'avenir, il s'y croyait déjà, et maître d'un tiers de ces richesses: son cousin intestat, c'était sa part.

Aussi voulut-il faire sortir le clerc, en affectant de ne l'y voir qu'en cette qualité.

—M. Vitalis Paschal est ici comme héritier, dit le notaire, avec l'assurance et cet air heureux, qu'il avait repris depuis que ses reçus étaient brûlés. Cette réponse, quoiqu'elle fût faite d'une belle voix joyeuse, sonna pour le juge comme les premiers tintements d'un glas.

Il reprit quelque courage à la liste des biens, titres, créances, par où commençait le testament. Elle passait sous silence de grandes donations déjà faites, la Caisse Politique en particulier, dont M. Dessoucazeaux, le P. Nicolle et M. de Ribes, un châtelain des environs,—mais non pas M. Beaudésyme—étaient fidéicommissaires. Personne ne s'en douta alors, tant ce qu'il restait dépassait toutes les espérances, atteignant, à première vue, au delà de vingt millions.

La plupart de ceux qui touchaient le mort même de loin furent nommés l'un après l'autre: Mlle de Lahourque eut cent vingt mille francs, son frère six cents francs de rente viagère: Laharanne lui-même, deux grandes métairies à Nyxe, avec une maison de chasse. Tout cela arrachait des soupirs au juge de paix. Un dernier legs de deux millions, pour en servir la rente aux pauvres de Ribamourt, lui fit faire un saut hors de sa chaise; et, oubliant son juron ordinaire:

—Nom de D..., s'écria-t-il, en s'épongeant le front, ce sera nous les pauvres, si ça continue.

Mais la plupart, dans l'assistance, méprisaient son courroux. Étant eux-mêmes pourvus, déjà, ils regardaient, d'un air vacant, pendre aux murs de l'Étude des affiches jaunes et blanches, un almanach des postes, la liste des notaires.

—Le testament qui me fut dicté s'arrête ici, dit M. Beaudésyme, paisiblement.

—Quoi, fit Pétrarque; mais il n'y est pas disposé de la moitié.