—Je vous dis que je n'accepte pas.
—Dans ce cas, vous paierez le billet souscrit à Firmin. Et si, d'autre part, vous avez la douleur de vous voir inopinément précéder dans la tombe par Mme Lescaa avant de l'être par le sieur Pedreguilhem son père, celui-ci, ou plutôt ses créanciers, parmi lesquels les héritiers Lescaa, héritant d'elle (il désigna un carton), vous serez obligé, jusqu'à moitié intégrale de sa fortune, de payer les dettes Pedreguilhem, ayant abandonné les billets signés de lui que vous léguait M. Diodore Lescaa.
—Quoi, quoi! cria le juge.
—Rien n'est plus clair. M. Lescaa vous en laissait pour la moitié de la faillite Pedreguilhem. Vous rattrapiez donc, au moins, comme créancier, la moitié de ce que vous devez abandonner comme débiteur.
—C'est un traquenard, hurla Pétrarque, qui sortit en battant les portes.
—Il y a un peu de ça, murmura le notaire. Et il conclut sa lecture par le legs qui faisait Vitalis et Sabine plus de huit fois millionnaires.
La petite fortune laissée à Mlle de Lahourque eut pour fruit immédiat de dénouer sa longue idylle. M. et Mme Beaudésyme s'y entremettant, Lubriquet-Pilou se détermina enfin. Il fit sa demande, aussitôt agréée, dans les premiers jours de mai.
Cela fit presque autant de bruit que la mort de l'Onagre; tout Ribamourt s'en réjouissait, s'étant d'ailleurs repris à vivre. C'est que la succession Lescaa y avait répandu plus d'argent que son règlement n'en avait tiré naguère, et qu'à cela s'ajoutaient des vendanges abondantes, ainsi que beaucoup de malades qu'on attendait. Il n'était pas jusqu'aux agresseurs de Firmin, à qui le tailleur, remis de ses blessures, et, soit bonté, soit politique, quelques autres personnes, dont le curé Puyoo, ne tâchassent d'adoucir les poursuites du Parquet. Quant à ceux qui avaient jeté des pierres au cercueil du banquier, Vitalis, tout ulcéré qu'il en demeurât, et vindicatif avec cela de son naturel, en aima mieux laisser dormir l'outrage, résolu du reste à s'en souvenir toutes fois qu'il se pourrait à peu de scandale.
C'est M. Puyoo, promu au doyenné de Sainte-Marthe, d'où il espérait bien, à travers la politique, se pousser plus haut, qui tâchait, en don de joyeux avènement, d'inspirer à tous la joie et la clémence.
Il aurait eu peut-être de la peine à convaincre son prédécesseur aujourd'hui prêtre attaché à la cathédrale de Navarrenx. C'est là que M. Cassoubieilh, bercé de l'espoir d'un canonicat à la première vacance, était en train d'aigrir cette facile bonté, la seule vertu, peut-être, qu'il eût apportée dans son ministère.