Le discours incohérent de Detzine peignait assez bien les choses. Mme Beaudésyme, son mari et le reste de leurs invités achevaient de boire leur café au salon, avec un calme un peu affecté; tandis que deux ou trois cents hurleurs, à qui des nouveaux venus se joignaient sans cesse, répétaient devant la grille, sur l'air des Lampions:

Rends l'argent,
Rends l'argent.

—J'ai pourtant envoyé Ernaütou, expliquait Beaudésyme, pour leur dire, sans faire semblant de rien, que Lescaa était en voyage, et pas ici. Mais baste, il faudrait un fusil.

—C'est votre faute, aussi, répliqua M. Puyoo. Si le dîner avait fini plus tôt, plusieurs de nous auraient été aperçus en ville; ça aurait tout arrêté dans l'œuf. Et où chassiez-vous donc pour rentrer si tard?

—Par là... au bois du Moulin.

—Ça n'est pourtant pas aux antipodes.

—Et vous n'avez rien pris, j'en suis sûre, demanda Guiche, dont les yeux de violette s'amincirent.

—Vous savez, répondit le notaire de sa voix paisible et dorée, on ne prend jamais tout en une fois.—Mais qu'est-ce qu'ils ont donc, ajouta-t-il en se levant. Ils vont forcer la grille. Peut-être qu'il vaudrait mieux renvoyer les dames.

Firmin venait d'entrer au salon, dont les portes restaient ouvertes.

—Il n'y a guère moyen, dit-il. Rosalie, du grenier, a vu des gens dans la ruelle, et ivres. Or doncques, elles feraient mieux de nous laisser, d'aller en haut, par exemple, en attendant la gendarmerie qu'Ernaütou a été prévenir.