—C'est vrai, dit Vitalis.
—Mais nous aurons peur, toutes seules, fit Basilida. Viendrez-vous avec nous, au moins, Vitalis?
—Mon Dieu, pourquoi pas, répondit le jeune homme, peu soucieux, peut-être, de bagarre. Il en restera assez à garder le salon.
—Moi, je ne quitterai pas mon mari, dit Mme Laharanne.
—Et je resterai aussi, conclut Clarisse: ça ne m'ennuie pas d'avoir peur. Et moins haut, elle ajouta, en se tournant vers Cérizolles: Vous me défendrez, n'est-ce pas, Monsieur Jean?
—Certes, répondit Cérizolles avec beaucoup de sérieux: je vous couvrirais plutôt de mon corps.
Quant à moi, dit Guiche, je serai aussi bien là-haut, pour avoir peur.
Et elle gagna, avec les autres, la chambre de Basilida. C'était une grande pièce qui sentait l'iris. Quoi qu'elle donnât sur la cour par deux fenêtres, les volets qui en étaient clos, et pleins à la moitié supérieure, n'y laissaient pénétrer qu'une faible lumière. Des meubles d'acajou à cygnes étaient rangés en bon ordre le long des hautes murailles; tous trois se taisant, le tic-tac d'une pendule de marbre rouge sembla seule faire résonner le silence.
Sabine bâilla.
—Ça n'est pas très drôle, les émeutes, dit-elle enfin. Et elle s'étendit sur un sofa rotiné, en tirant sur ses jupes, comme elle avait accoutumé. Basilida ni Vitalis ne répondît. Ils écoutaient les rumeurs de la rue qui grossissaient, et des coups aigus battre le portail. Puis on commença de jeter des pierres contre la maison; quelques-unes lancées de loin, frappèrent les volets de Mme Beaudésyme. Par la jalousie, qui en ajourait le bas, on n'y pouvait voir qu'à peu de distance: d'abord le toit d'ardoise de la varangue, tout miroitant de soleil; et, en deçà des tilleuls, dans un étroit espace, la moitié d'une corbeille de géraniums, le sable jaune d'une allée.