—Nous vous laissons donc, Madame, et soyez sûre que ma femme ni moi ne retiendrons rien de cette minute de... d'égarement. N'est-ce pas, Marie?
—Oui, mon ami, approuva Mme Laharanne, en reprenant son indulgence.
A ce moment un nuage encore passa sur le soleil; celui-là même sans doute, qui allait tout à l'heure vêtir les plaisirs de Clarisse d'ombre et de mélancolie.
—Le temps se couvre, ajouta Mme Laharanne, en assurant son face à main.
Mme Beaudésyme ne répondit pas. Elle restait contre la porte, irrésolue, avec ses jambes à découvert et ce visage bombé d'Espagnole sous une pâle crinière.
—On se couvrirait à moins, observa le capitaine.
CHAPITRE VII
DE TOUTES ROBES
Mme Beaudésyme travaillait dans son salon. Elle n'en pouvait souffrir le meuble Louis-Philippe, ni les scènes historiques pendues au mur, ni le tapis où chevauchait Abd-el-Kader, toutes choses introduites dans le ménage par M. Beaudésyme. Mais elle avait pris sa chambre en horreur depuis ce jour où Vitalis et elle s'y étaient maltraités si fort que leur rupture en était jusqu'ici restée entière. Le lit surtout lui rappelait trop un mari qu'elle avait à subir toutes fois qu'il n'avait pas bu jusqu'à la crapule, et même alors par occasion—et l'amant qu'elle n'espérait plus y tenir couché sous son impérieuse caresse.
Elle venait de causer un peu chez Mlle de Lahourque. Outre le divertissement d'entendre la buraliste conter les mystères de son berceau, ou son infructueuse idylle avec M. Lubriquet, elle avait voulu se rendre compte si sa folie de l'autre jour avait fait du bruit. Mais rien dans l'accueil ou les paroles du petit cercle qui faisait conversation, à l'Agneau Pascal, ce jour-là, ne le pouvait faire croire. Les Laharanne, sans doute, avaient gardé leur promesse, et Detzine, qui aimait sa maîtresse, tenu sa langue, jusqu'à ce jour. C'est beaucoup, en pareil cas, de gagner du temps: un scandale, s'il a vieilli, ce n'est plus que de la poudre mouillée.
Le bizarre, c'était qu'elle craignait plus encore les bavardages de Vitalis. Il lui semblait que ses propres fureurs, tant de larmes, et cette scène indécente envers les Laharanne, tout cela composait une trop belle histoire, trop flatteuse à la vanité d'un jeune homme, pour qu'il s'en contînt avec Cérizolles, avec d'autres peut-être, qui à d'autres le courraient dire.