—Je suis sûr que l'exercice ne vous vaut rien. Bonsoir. A demain, ici, cinq heures, voulez-vous?
Nane veut; moi je m'en vais lâchement me coucher et ne tarde guère à tomber dans ce sommeil profond des gens qu'on doit guillotiner le lendemain.
D'ailleurs, comme l'a dit M. de Bourdeille, «ce qu'il peut y avoir de commun entre l'amour et le dormir, je n'y sçaurais entendre. Et me semblent deux bien trop excellentes choses pour les brouiller, et ne les pas faire chacune à part et en son heure.»
II
Version seconde
«Socrates apud Xenophontem abstinendum
esse in totum ab ista osculandi consuetudine
censet: quia nihil, inquit ad amorem incendendum
acrius est osculo.»(HEEREBORD, Exercit. Ethic. XLIX,
p. 173.)Socrate, ou plutôt Xénophon qui, soit niaiserie,
soit malice, lui a prêté aucunes fois ses
propres opinions, conseille de fuir l'usage du
baiser, à cause de l'amour qui s'en engendre.
Et le roi Archelaos, à qui l'on rapporta cette
bourde: «Autant vaudrait, dit-il, ne boire
plus, parce qu'il enivre.»
En cas que la première version de mes débuts auprès de Nane n'ait point satisfait tous les esprits, il convient d'en donner une seconde: ainsi les délicats pourront choisir la forme de vérité qui leur agréera davantage.
Mais, s'il se rencontre quelque partie commune à ces deux récits, il faudra prendre garde que les gestes relatifs à l'amour sont peu nombreux, et que l'on n'en peut faire aucun sans qu'il ressemble à d'autres qu'on a déjà faits.
J'avais invité à prendre le thé dans mon atelier ce jour-là Jacques d'Iscamps, à qui un mariage prochain rendait aimables les plus petites fêtes, et Nane, avec qui il ne s'était encore pu résoudre à rompre; c'était même là pour moi un sujet de constante surprise; j'admirais que cette poupée menât à pareilles rênes un homme qui passait pour énergique. Mais cela est un tort que de dénigrer les femmes avant de les avoir, et c'est du jour seulement qu'on les a tenues entre deux draps qu'il y en a des raisons sérieuses.