Mais il ne mangeait pas.
Il songeait...
Il songeait qu'en effet, il était bien seul dans cette maison comme dans le monde...
La tranquillité de sa vie présente,—opposée au mouvement, aux péripéties de son existence passée,—lui rendait cette solitude encore plus lourde et plus pénible.
En Afrique, la chasse aux Arabes; à Paris, la chasse aux coupables avaient absorbé toutes ses facultés et tout son temps.
Or, c'était une nature essentiellement aimante sous la rude enveloppe du policier et du soldat.
Les exigences professionnelles étaient seules parvenues à refouler en lui, pendant de longues années, les trésors de tendresse qu'il brûlait de dépenser au dehors.
Puis, plus tard, il avait lâché la Préfecture, et il était redevenu un homme comme les autres.
Alors toutes les passions du commun des mortels s'étaient brusquement réveillées en lui. Tous les désirs d'un cœur vierge avaient bouillonné de sa poitrine à son cerveau. Des désirs développés, aiguillonnés, exaspérés par l'isolement.
Un isolement d'autant plus douloureux qu'il était plus sensible. On ne passe pas impunément du feu à l'eau. Songez que, de l'effroyable quantité d'aventures publiques et privées où son paisible caractère s'était trouvé mêlé, que des drames les plus violents qu'avait traversés sa candeur, et dans lesquels son activité, sa perspicacité avaient joué leur rôle, notre ex-agent était tombé—sans transition—dans le calme léthargique et le silence tombal des journées uniformément dénuées d'événements, d'incidents, de luttes!